Pigeon migrateur

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rgoldstein
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Pigeon migrateur

Messagepar rgoldstein » 15 juil. 2017, 13:02

Bonjour, permettez-moi de vous faire partager quelques extraits du livre de Georges Daublon, paru chez Flammarion en 2004, intitulé "A la rencontre des animaux disparus", et plus particulièrement le chapitre consacré au Pigeon migrateur (Ectopistes migratorius). Cet ouvrage m'avait beaucoup marqué, je suis en train de le relire.

"Au 19ème siècle, on pouvait voir des vols de pigeons migrateurs comparables à d'immenses nuages. Le peintre animalier américain John James Audubon estima le nombre d'oiseaux composant l'un de ces vols à un milliard cent quinze millions. Le passage dura plusieurs heures, en une nuée si dense qu'elle obscurcissait la lumière du jour. Dans toutes les directions, aussi loin que pouvait porter le regard, l'espace était constellé d'oiseaux volant, en couches superposées, à plus de cent kilomètres à l'heure.
L'ornithologue américain Alexandre Wilson assista, en 1832, à un passage de pigeons dont il évalua le nombre à deux milliards deux cent trente millions et deux cent soixante douze mille. Leur masse s'étendait sur un front large de deux kilomètres. Ils défilèrent quatre heures durant. En longueur, le vol mesurait plus de trois cent quatre-vingts kilomètres. Une comparaison permet de se faire plus aisément une idée du caractère exceptionnel de cette multitude; on estime à deux cent millions environ le nombre d'oiseaux, toutes espèces confondues, qui vivent dans les îles britanniques. A lui seul, le vol observé par Wilson (composé d'animaux appartenant à une seule espèce) était dix fois plus grand !
(...) Selon leur habitude, les Indiens n'opéraient sur les pigeons que de modestes prélèvements. Tout autre se révéla le comportement des Européens. Dès leur arrivée, une véritable folie meurtrière s'empara des colons. (...) Les tirs sur les oiseaux n'en détruisaient qu'un nombre infime, mais au sol les pigeons étaient très vulnérables. On les attrapaient au filet, on les assommait à coups de bâton, on lançait sur eux des meutes de chiens et on les écrasait aisément du talon. En quelques années, le pigeon devint le plat le plus courant d'Amérique du Nord. La mode s'étendit à l'Europe qui en achetait chaque année des centaines de milliers. En 1885, un commerçant de NY en vendait dix huit mille chaque jour. On se mit à en nourrir les porcs et à les utiliser comme engrais. En 1869, dans une seule localité de l'Est, plus de sept millions et demi de pigeons furent capturés. Dix ans plus tard, dans le Michigan, le nombre de victimes s'éleva à un milliard !
En 1870, l'espèce ne se reproduisait plus que dans la région des Grands Lacs. Quelques vols de faible importance furent aperçus en 1880.
En 1896, un vol d'environ deux cent cinquante mille oiseaux fut signalé. Une armée de chasseurs, alertés par télégraphe, vint à leur rencontre, et moins d'une dizaine de milliers échappèrent au massacre...
Le Pigeon migrateur commença à se faire rare.
Vers la fin du 19ème siècle, il ne constitua dajà plus un fléau pour l'agriculture. Mais l'habitude était prise d'abattre ces pigeons, et les chasseurs continuaient à tirer dessus dès qu'ils en apercevaient un.
Le dernier Pigeon migrateur fut tué dans l'Ohio en 1900. En 1909, une prime de mille cinq cents Dollars fut promise à quiconque apporterait des renseignements sur la nidification d'un couple. Nul ne put en trouver...
Dès 1879, les responsables du Parc Zoologique de Cincinnati avaient jeté un cri d'alarme, lequel n'eut malheureusement aucun écho. (...) Martha, de la couvée de 1885, resta finalement l'unique représentante de sa race. Elle s'éteignit au cours de l'après-midi du 1er septembre 1914.
En moins d'un-demi siècle, le peuple américain, lequel ne comptait alors qu'une trentaine de millions d'habitants, parvint à détruire l'une des espèces les plus abondantes du monde, puisqu'on estimait, au milieu du 19ème siècle, le nombre de pigeons migrateurs à plus de dix miliards.
Le corps de Martha, promis au Smithsonian Institute de Washington, fut expédié sans délai, avec les plud grandes précautions, aux Glacières de Cincinnati. Naturalisée par les meilleurs spécialistes, le public peut encore la voir de nos jours, au Musée National de la capitale fédérale, tel un témoignage accablant de la folie des hommes."
"Tenez, par ici, sur le Matto Grosso (il promena son cigare sur une partie de la carte) et là-haut, dans ce coin où se rencontrent trois pays, rien ne saurait me surprendre..." (Bernard Heuvelmans citant Conan Doyle dans le Monde Perdu)

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